Les territoires ruraux face aux TIC : quel désenclavement numérique ?
Un article de Guides CRéATIF - Espace de travail collaboratif.
Aujourd’hui, la population française est aux trois-quarts urbaine. A partir des années 60, la ville s’est étalée grâce à la démocratisation de l’automobile et l'accession à la maison individuelle. L’espace a été bouleversé. Certains territoires ruraux, à proximité des grandes villes ont été mis sous influence urbaine. D’autres ont gardé leurs dynamiques et un mode de vie plus traditionnel grâce au maintien d’une agriculture efficace. D’autres encore se sont fragilisés. Les processus de recomposition territoriale ont consisté pour les pouvoirs publics à envisager des solutions permettant au rural de survivre à ces changements sans remettre en cause ce qui fait l’essence même de ces espaces : une présence des services collectifs de base, un style de vie et un mode d’habiter différents des urbains, mais avec un confort domestique équivalent. On a pu ainsi faire des TIC des outils, sinon de la ruralité, en tout cas venant au secours du rural.
Plusieurs expérimentations se sont succédées, la plus fameuse lancée en 1994 par la DATAR avec l’appel à projet « Le télétravail pour l’emploi et la reconquête des territoires ». Les résultats ont été le plus souvent en deçà des espérances. D’autres opérations comme le CETIR de Saint-Laurent de Nestes (1), les SohoSolo (2) dans le Gers, ont apporté des réponses créatives mais parcellaires, et sans qu’un modèle unique ne se dégage. Depuis, les actions ont perdu de leur caractère idéologique pour plus de pragmatisme. Avoir accès à l’internet haut-débit ou bénéficier de la TNT ne fait plus des territoires ruraux des espaces innovants mais s’insère tout simplement dans les aménités qu’une collectivité se doit d’offrir à ses habitants. Le désenclavement numérique s’inscrit désormais dans une logique de maintien de la ruralité, de préservation et de renforcement des spécificités, de mise en valeur du patrimoine, de soutien au tourisme vert, de formation des agriculteurs ou d’équipements des écoles. Il ne s’agit plus de vivre dans un hypothétique « village global » où la distance et la rugosité de l’espace seraient domestiquées, mais de continuer l’histoire de territoires qui ont choisi de rester « ruraux » tout en tirant le meilleur parti des TIC, outils qui ont contribué à changer la ville.
Pour toutes ces raisons, si à quelques occasions les TIC peuvent se substituer à des services publics ou collectifs, leur accès doit surtout servir à renforcer ceux encore présents en milieu rural mais menacés de disparition.
Philippe Vidal
Maître de conférences en Géographie & Aménagement
Université du Havre – UMR IDEES-CIRTAI
Notes :
1. Centre européen des Technologies de l’Information et de la Communication en milieu Rural'
2. Small Office Home Office
