Une fracture numérique plus subtile

Un article de Guides CRéATIF - Espace de travail collaboratif.

Jump to: navigation, search

La fracture numérique en 2008 n'a plus le même visage que par le passé. Aux débuts de l'Internet en France, la fracture était contrastée entre personnes « branchées » et personnes « débranchées ». L'apparition du haut-débit a ensuite prolongé les disparités pendant quelques années : les villes grandes et moyennes en étaient pourvues, tandis que les petites villes et villages continuaient de « ramer » en bas-débit. Maintenant la France est quasiment couverte par l'accès haut-débit, mais l'on peut encore voir 3 types de situations :

  • celle où le haut-débit n'est pas encore arrivé pour des raisons économiques et techniques. Ces zones seront équipées tôt ou tard, mais le débit sera pauvre en attendant des solutions techniques plus performantes (par exemple le WiMAX). Parfois l'ADSL2 permet d'atteindre ces zones, l'accès au réseau se faisant alors à 512 kbit/s dans les meilleures conditions. Cela peut s'apparenter à du bas débit si l'on considère les besoins en bande passante de certains usages contemporains ;
  • celle où le réseau est géré par l'opérateur historique, qui gère et équipe au cas par cas les zones déservies. Les débit vont alors de 512 kbit/s à 18400 kbit/s. Par exemple en Haute-Loire, à Langeac (4000 habitants), le débit maximum est de 18400 kbit/s, valeur presque effective vu la petitesse de la ville et du nombre d'abonnés. A quelques kilomètres de là, Chilhac (187 habitants), le débit maximum est de 1024 kbit/s (18 fois moindre qu'à Langeac). Et à Pinols (260 habitants), guère plus habité que Chilhac, le débit disponible est le double. Autour de ces villages, l'accès est possible ou non selon l'infrastructure des lignes, sans logique réelle avec la vivacité de ces villages : à 10 km près, pour des raisons « technico-economico-historico-géographique », le débit peut être 30 fois supérieur ou inférieur à celui des voisins.
  • enfin celle où le réseau est « dégroupé », c'est-à-dire là où opérateurs privés peuvent installer des câbles et vendre de l'accès directement aux clients. Là encore de très grosses disparités existent. L'ADSL des grandes villes court à 28600 kbit/s. En région parisienne, certaines zones couvertes par la fibre optiques donnent accès à un débit de 100 000 kbit/s. A l'inverse, certaines villes proches de Paris offrent un débit théorique de 8000 kbit/s, mais comme il s'agit de « zones denses », le débit effectif est à peine 2000 kbit/s, soit 10 fois moins qu'à Langeac, petit village de province.

Il faut donc parler plus de disparité numérique que de fracture réelle. Les situations sont extrêmement variées, et « rural » ne veut pas forcément dire « déconnecté ». Cependant les chances d'avoir un service inégal sur un territoire rural sont bien plus importantes qu'en ville. Ce phénomène de disparité va être amplifié par les moyens de connection mobiles (via la téléphonie 3G, 3G+, etc), les débits de ces accès atteignants difficilement celui d'un petit accès ADSL 512 kbit/s. Ainsi un « jeune branché parisien » sera bien moins connecté qu'un néo-rural, redistribuant ainsi les cartes de la disparité... Et tout ceci dans un éternel mouvement d'évolution des technologies et des offres afférentes, qui peut rapidement renverser la situation.

Dans ces conditions, difficile de proposer des services en ligne qui ignorent la diversité des utilisateurs et de leurs moyens d'accès. Les développeurs sont déjà sensibilisés au respect de la diversité, via les informations relayées autour de l'accessibilité et des handicaps physiques. Pour tenir compte du « handicap matériel », il faut veiller à proposer des services en ligne conscients du fait que certains utilisateurs ont un accès très modeste au réseau. D'autant que de plus en plus de démarches peuvent (et un jour devront) se faire en ligne. Le milieu rural est ainsi directement impacté par la mauvaise qualité de services qui ignorent ces disparités.

Glossaire

  • kbit/s (kilo bit par seconde) : unité de mesure du débit. 1 bit correspond à une impulsion électrique. 1 kbit/s correspond à 1024 bit transmis en 1 seconde. A titre de comparaison, la page d'accueil de Google France "pèse" 150 kbit.
  • ADSL : technique de communication qui permet d'utiliser une ligne téléphonique d'abonné pour transmettre et recevoir des signaux numériques à des débits élevés, de manière indépendante du service téléphonique proprement dit.
  • 3G : norme de technologies de téléphonie mobile (en cours de déploiement en France), considérée comme le "haut-débit" mobile.
  • WiMAX : normes de télécommunication hertizienne. On peut comparer ce moyen d'accès à "un Wifi grandeur nature", avec des débits et une portée très supérieurs (plusieurs dizaines de mégabits/seconde sur des rayons de couverture de quelques dizaines de kilomètres). En cours d'expérimentation.